Le compte automatique du CNC ouvert aux sites internet
Jusqu’à présent, le CNC ouvrait son compte automatique aux producteurs audiovisuels qui obtenaient une diffusion à la télévision. Cette faculté est désormais ouverte à tous les sites internet qui devront, en contrepartie, financer le quart du bugdet de l’oeuvre produite. Eric Garandeau, président du CNC, considère que cette réforme s’inscrit dans la perspective de la TV connectée.
La France s’apprête à lancer une véritable révolution dans le monde de l’Internet en ouvrant le compte de soutien automatique à la production audiovisuelle (cosip) aux sites. De véritables œuvres, fictions, documentaires, vont donc pouvoir être conçues directement pour la Toile, sans la contrainte de passer par l’entremise d’une télévision.
"Ce lien d’obligation va être effectivement supprimé et nous nous félicitons de cette ouverture", souligne Eric Garandeau, président du CNC. Les productions destinées au Net devaient, si elles voulaient bénéficier de l’aide du CNC, être soumises à une commission sélective de la direction du multimédia. Or, si celle-ci a validé 180 projets l’an dernier sur des critères artistiques et novateurs, elle était susceptible d’arrêter certains choix sur des critères subjectifs sans tenir suffisamment compte de la nature politique ou éditoriale de certains projets. Un site comme une chaîne de télévision soutiendra une œuvre qui correspond à sa nature culturelle et pourra paraître aux yeux de certains acteurs du Net comme passéiste. Auféminin.com, Rue 89, Médiapart, arrêt sur images, owni, caradisiac n’auront pas les mêmes exigences que Le Figaro.fr, La Dépêche, Le Monde.fr ou Le Parisien.fr.
La réforme devrait impliquer ces sites médias dans la production des œuvres sans leur imposer des contraintes d’écriture ou de réalisation dont ils n’ont pas ressenti la nécessité, leur public étant habitué à une grille de lecture spécifique. Chaque média possède, en effet, son histoire propre. Comme on n’écrit pas le même texte pour La Provence ou pour Libération, on n’y produira pas la même œuvre audiovisuelle.
24 minutes minimum
Cette restriction ne devrait donc plus exister, les sociétés de production passant un contrat de coproduction avec un site internet bénéficiant immédiatement du compte automatique. A la condition toutefois de répondre à certaines exigences.
La durée totale de l’œuvre doit être de 24 minutes au minimum, celle-ci pouvant être fractionnée en plusieurs épisodes à partir du moment où ils présentent les uns par rapport aux autres un lien de continuité.
Le site diffuseur doit s’engager à investir 25% du budget de l’œuvre mais pourra obtenir qu’un partenaire extérieur au site, annonceur ou institution, prenne la moitié de ce pourcentage, soit 12,5%, à sa charge. Dans cette hypothèse de travail, le site pourra se contenter de verser 12,5% du budget en numéraire. Cela étant, on imagine mal qu’un titre de presse réoriente une partie de ses rentrées commerciales vers une production audiovisuelle extérieure.
Comme la plupart des sites, pure player comme ceux qui émanent des médias historiques, n’ont pas encore trouvé l’équilibre économique, ces 25%, voire ces 12,5%, seront encore considérés comme élevés.
A n’en pas douter, de nombreux sites préféreraient que les apports en industrie (aides à l’écriture, à la préparation comme à la réalisation du tournage) puissent être valorisés. Prendre une telle décision susciterait un afflux de demandes que le CNC, qui se donne du temps pour apprécier cette réforme, aurait du mal à satisfaire. "Lorsque ce système sera mis en place, une réflexion sera naturellement ouverte au sein du CNC et des adaptations proposées par la commission," souligne Eric Garandeau.
Dans l’immédiat et afin de permettre l’émergence de nombreux projets, les pouvoirs publics ont décidé d’abaisser le ticket d’entrée en fixant à 48 000 euros et non plus 76 000 le coût horaire de production. Ce qui oblige un site à investir 5760 euros en numéraire s’il co-produit une œuvre de 60 minutes ou 2304 euros s’il opte pour la solution minimum avec une œuvre de 24 minutes.
"Nous avons bon espoir que le décret encadrant cette réforme soit publié avant la fin mars, précise le président du CNC."Sa mise en place devrait permettre à la création audiovisuelle de mieux amorcer le virage de la TV connectée. Il semblerait pour l’instant que ce soit les webagencies et non les producteurs qui ont pignon sur rue qui veuillent profiter de cette ouverture, les sommes investies dans ce type d’œuvres leur paraissant encore trop faibles. Mais tout cela va changer."
Eric Garandeau est persuadé que sitôt le décret publié, les vocations se feront connaître :"Cette réforme qui s’inscrit dans la convergence des médias s’inscrit dans le sens de l’histoire".
Source :
http://www.electronlibre.info/
Article original :
http://www.electronlibre.info/Le-compte ... -CNC,01068
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